Déclaration de quelques habitant-e-s de la Marquise lors de la conférence de presse du 10 décembre

Publié le Mis à jour le

Ce discours n’a pas pour vocation d’inclure tout les « zadistes » dans le même sac. Il n’est qu’une communication qui tend à être représentative de ce que nous vivons et de nos idées.

Le dimanche 30 novembre, plus de 1000 personnes sont entrées sur la propriété privée appartenant à l’entreprise Pierre et Vacances, s’opposant officiellement à la continuité des travaux. Ce jour a été le point de départ d’une mobilisation permanente contre ce projet inutile et imposé. Tout au long de la semaine des actions qui ne touchent pas à l’intégrité physique des personnes ont été menées. Nous avons rencontré les ouvriers et les agents de sécurité afin d’exposer nos arguments. Les employés ont été invités à quitter la zone et à exercer leur droit de retrait. Nous agissons avec détermination et reconnaissance de la responsabilité de nos actes. Dans l’ensemble, notre message a été compris, même si plusieurs d’entre nous ont été gazé-e-s ou ont reçu des coups et blessures de la part des agents de sécurité (de l’entreprise alternative sécurité) et qu’un ouvrier a eu une attitude dangereuse avec sa machine. Nos actions sont non-violentes et nous privilégions la discussion lorsque cela est possible. Malgré des situations parfois tendues comme celle du jeudi 4 décembre où un camion a déversé son chargement de gravas sur les personnes qui le raccompagnaient hors de la zone, les mettant sérieusement en danger, il n’y a eu aucune altercation avec les forces de l’ordre.

La MaquiZAD occupée depuis le mercredi 26 novembre est notre lieu d’habitation. Cela nous permet de nous reposer à l’abri et au chaud afin de nous restaurer. C’est aussi un lieu d’accueil et d’information pour celles et ceux qui souhaiteraient nous rencontrer. Ce lieu n’est en aucun cas notre propriété privée. Il n’y a pas de chef, ni de caste et nous sommes vigilant.e.s à toutes les formes de discrimination quelles qu’elles soient. Par exemple, nous ne tolérons pas de propos à caractère raciste et/ou sexiste et nous nous refusons à accepter tout comportement violent au sein de notre groupe.

Plusieurs centaines de personnes ont cohabité et cohabitent sur ce lieu, la bienveillance et l’attention des un-e-s pour les autres rend possible cette belle expérience hors normes. N’oublions pas non plus que cela est possible grâce au soutien des locaux présent-e-s tous les jours sur le lieu et nous apportant une aide tant matérielle que physique et morale. Nous les en remercions. Ils font également partie des Zadistes à leur manière. Cependant, il est bon de souligner que les soutiens affluent (aussi) de toute la France, tant de la part des organisations sociales (Confédération paysanne, Attac, Solidaire, Agir pour l’environnement, les Amis de la terre), que des collectifs (à Grenoble, Valence, Lyon, Chambéry, Gap…) et des individus. Nous sommes solidaires avec les mouvements sociaux organisés ailleurs dans le monde, au Mexique, au Brésil, en Inde, en Grèce, en Espagne, etc. Cet élan de solidarité concrétise une autre forme d’organisation déclassant une société basée sur le chacun pour soi, le profit des un-e-s et la richesse de quelques autres.

Le projet de Center parcs à Roybon est un projet inutile parmi tant d’autres, c’est le reflet d’un système à bout de souffle. Ces fausses solutions qui s’appuient sur les attentes des habitant-e-s leur promettant un renouveau économique ne sont pas crédibles car c’est toute l’économie néolibéral et capitaliste qui est à défaire. Nous nous opposons à ce projet mais pas à la dynamique villageoise. Les aspirations des Roybonnais-e-s par rapport à la problématique de l’emploi sont légitimes, mais les perspectives économiques locales de Pierre et Vacances sont mensongères. L’argent public pourrait être mieux utilisé afin de répondre véritablement aux attentes des citoyen-ne-s. Pierre et Vacances, c’est plus de 100 millions d’euros d’argent public soit plus de 200 000 euros par emploi créé.

Nous revendiquons une logique de vie portée par de nombreuses expériences partout dans le monde, basée sur de nouvelles pratiques permettant d’aller vers un système qui n’est plus celui de l’exploitation de l’homme par l’homme, qui n’est plus celui du profit au détriment de la nature. Nous remettons en cause l’environnement matériel qui définit nos vies au détriment de la symbiose primaire que l’on se devrait d’avoir avec la nature. Nous désirons redéfinir le relationnel par une vie collective basée sur la non domination, et l’acceptation de chacun-e, l’absence de profits pour ainsi privilégier la réelle entraide. Nous portons les valeurs de nombreuses luttes qui résonnent sous trois mots ; LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ… qui aujourd’hui ont étés bafoués, et remplacés par POUVOIR, PROFIT, et ÉGOÏSME.

Nous demandons l’arrêt de tout les projets de Center Parcs, la mise en place d’une véritable gestion durable des forêts en général et de la forêt des Chambaran en particulier ainsi que la juste redistribution de l’argent public. Nous sommes ici car c’est un espace préservé de l’urbanisation, protégé par un zonage Natura 2000 et un aquifère qui permet le stockage de l’eau potable et sa redistribution sur plusieurs bassins versants. Nous sommes ici car cette commune en faillite a fait appel à une multinationale déficitaire pour résorber ces finances. Pierre et Vacances dépossède les locaux de leur capacité à agir pour améliorer leurs conditions de vies sur le territoire. Pierre et Vacances n’est pas là pour faire vivre un village, mais pour nourrir ses actionnaires. Pierre et Vacances se dresse en protecteur de la nature pour la dominer, en la détruisant d’abord pour mieux l’artificialiser ensuite. Si projet économique à vocation touristique il y a, il serait à mettre en place en respectant une échelle locale ainsi que le cadre naturel.

Depuis quelques jours de grands rassemblements et meetings politiques spectaculaires sont organisés à grand frais par les sympathisant-e-s au projet de Center Parcs. Nous dénonçons cette fantastique manipulation de l’opinion publique. Celle-ci n’est elle pas le fruit d’une stratégie politique qui amène les décisionnaires à manipuler les chiffres et les mots et dont la finalité est de rendre vulnérable toute revendication ?

Chers journalistes, n’hésitez pas à nous donner des conseils pour que nous puissions faciliter votre travail, encore une fois, nous luttons en amateurs indigné-e-s face à des professionnel-le-s de la com sans limite de budget.

Vidéo de portraits de zadistes durant la conférence de presse :

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2 réflexions au sujet de « Déclaration de quelques habitant-e-s de la Marquise lors de la conférence de presse du 10 décembre »

    pgaschignard a dit:
    20 décembre 2014 à 13 h 53 min

    Je viens de découvrir cette déclaration. Quel beau témoignage, plein d’humilité, de raison et de respect ! bravo à celui/celle qui l’a rédigé. Nous avons beaucoup d’idées et de volontés en commun mais aussi des différences (quoi de plus normal) sur la ZAD, que vive longtemps la ZAD de Roybon et les idées qu’elle défend ! Je suis en tout cas totalement solidaire, je suis zadiste et je l’assume !
    Pierre G (Chateaudouble 26120)

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    chien agile a dit:
    2 janvier 2015 à 23 h 31 min

    On voit bien qu »à ce stade de développement de la société de consommation il est difficile de porter une parole qui ne prend pas comme base de discussion le profit personnel. Car tous ceux qui ont les pieds dedans et qui se battent chaque jour pour franchir un barreau de l’échelle sociale ne peuvent pas l’entendre. Ne veulent même pas l’entendre. La notion de citoyenneté s’est évaporée. Elle s’est dissoute dans celle de consommateur. On a le sentiment d’avoir plus de poids en consommant ou ne consommant pas telle chose qu’en mettant un bulletin dans l’urne. Les citoyens sont tous égaux, mais ceux qui sont riches sont nettement plus égaux que les autres. Les citoyens sont également libres mais ceux qui sont pauvres sont surtout libres de se rendre invisibles et de ne pas trop la ramener. Les gens te semblent fraternels sauf quand tu fais du stop sous la pluie à un péage d’autoroute et qu’une bagnole sur cinq cent à peu près s’arrête.
    Au fond, peut-être que la démocratie « au moins sous sa forme républicaine » était déjà morte et qu’on ne nous l’avait pas dit. Faudrait en causer à nos élus… les avertir, quoi…

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